Regardez une archive de l’INA des années 1970, avec des gens interviewés dans la rue.
Au bout de quelques minutes, une chose saute aux oreilles : les gens articulaient mieux.
Les voix avaient plus de tenue.
Même chez des personnes qui n’étaient ni comédiens, ni journalistes, ni professionnels de la parole, on entend une diction plus nette.
Deux générations plus tard, le contraste est frappant.
Aujourd’hui, on avale les syllabes, les fins de phrases disparaissent, beaucoup de prises de parole deviennent pâteuses, comme si l’effort d’être clairement entendu avait perdu de son importance.
Je ne parle pas ici de niveau social, de culture générale ou même d’accent.
Pas de jugement de valeur. Un jugement purement factuel.
À l’écoute, on perçoit une évolution nette : l’articulation est moins nette.
Bien sûr, chacun fait comme il veut.
Mais la généralisation du relâchement dit quelque chose.
La façon de parler montre le rapport que l’on entretient avec les autres.
Articuler demande un effort comme se tenir demande un effort.
La parole et la tenue ne sont pas des détails secondaires.
Elles disent quelque chose de notre époque.
Et parfois, il suffit d’une archive vieille de cinquante ans pour l’entendre.